Que ma joie demeure
Par Morgane Grosdidier de Matons, lundi 3 décembre 2007 à 16:56 - Spectacles & Expos - #26 - rss
Jeudi 29 novembre, à 20h30, au lieu de rester à la maison comme d'habitude pour tenter en vain de m'accrocher à un commentaire sur le discours de politique générale de Mr Jospin de juin 97 pendant que mon chat aurait envoyé mes stylos par terre et que Gabriel se serait davantage intéressé à son MAC, j'ai décidé de laisser le chat tout seul et d'embarquer Gabriel pour arrêter de perdre notre temps, et pour jouir un peu de notre jeunesse si mal exploitée afin de profiter, à l'historique Maison de la Culture de Bourges, du spectacle Que ma Joie demeure. Une chorégraphie de Béatrice Massin, exécutée par la compagnie Fêtes Galantes, sur les concertos Brandebourgeois de JS Bach.

C'est la plus belle affiche que j'aie trouvée.
Trois qualificatifs nébuleux se sont bien vite imposés à la béotienne que je suis : brillant, génial, révolutionnaire. (allez comprendre le 'révolutionnaire')
Les 10 danseurs et danseuses, aériens, comme affranchis de la pesanteur lorsqu'ils atteignaient le sommet de la parabole de leurs sauts, fluides et majestueux dans leurs vertes jaune-orangé-safran (4/10), ou rouges (3/10), ou orange (2/10), ou rose (un seul) flottantes et tourbillonnantes, se mouvaient tels des anges ou des astres, exprimant l'allégresse la plus lumineuse... et qui devait ridiculement se communiquer à mon visage que j'imagine extatique à ce moment-là .
Les phases d'ordre harmonieux et de symétrie subtilement brisée alternent avec des instants de chaos joyeux et parfaitement maîtrisé. Des anges administrant le paradis, puis des astres dans leur ballet gravitationnel.
De même, la musique souveraine de Bach alterne avec des phases de danses presque silencieuses... Silence empli par les 'glissés', les 'frottés', les 'tombés' des danseurs dont les mouvements se justifient ainsi eux-mêmes et se synchronisent parfois pour offrir des rythmes et des canons aux nuances incroyables... au diapason des nuances de leurs costumes, puisque j'ai oublié de préciser que chaque costume avait sa nuance chaude propre. En plus, les vestes tombaient tout au long du spectacle, au fur et à mesure, dans un strip-tease symétrique et bien dosé.
L'esprit du spectateur se perd avec extase dans les nombreuses et légères brisures de symétrie qui organisent le spectacle et lui confèrent une superbe cohérence globale.
Ce qui surprendrait les réfractaires à la danse baroque, c'est le renouvellement continu de la danse, les surprises perpétuelles. Cet ensemble de chorégraphie instille en nous des émotions fort diverses, mais qui toujours élèvent le cœur vers une joie éclatante. Allant même jusqu'au rire : lors de l'une des phases silencieuses, nous avons eu droit à des mouvements désarticulés en rupture terrible avec le reste de la pièce. C'était poilant. Comme si les anges overbookés avaient besoin de décompresser de temps en temps, ou retrouver les racines de l'animalité. Lorsque la musique est repartie, les danseurs repartirent aussi d'un mouvement continu, resolidarisant soudain leurs figures, comme si chacun était porté par le même vent solaire.
Le site de Fêtes Galantes : http://www.fetes-galantes.com

photo : Jean-Pierre Maurin, prise sur le site de Fêtes Galantes
Moins rigolo, j'avais prévu de parler de créationnisme, attristée que je suis par le Science&Vie de ce mois-ci. Prévu aussi de faire une planche de BD pseudo comique sur mon affreuse schizophrénie idéologique exacerbée par les évènements de vendredi dernier. (constatation énervée de la réduction constante du rayon "sciences" à la Fnac, honteusement remplacé par les psy-trucs, article sur le créationnisme qui gagne l'Europe, puis un RDV professionnel agaçant pour Gabriel...) T_T Allez, plus tard, peut-être.





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