Ainsi, nous arrivons à Versailles jeudi matin à 10h15. Nous faisons la queue devant la porte fermée censée mener à la billetterie, jusqu'à ce que le bouche à oreille fasse son boulot et nous apprenne à 11h30 qu'en fait, à cause d'une grève concernant les musées nationaux, la billetterie n'ouvrira pas de la journée. Bouche à oreille d'autant plus poussif que nous avons derrière nous un couple de roumains et surtout devant nous trois mamies versaillaises, puis un couple d'espagnols, puis deux copines japonaises. Cette réunion des anciens combattants de Babel a au moins le mérite de meubler le temps qui file (parce que quand on est fatigué, le jeu des questions s'épuise vite) : on a mis du temps pour comprendre que les roumains étaient roumains (en fait on est arrivé à cette conclusion que le lendemain), puis on a "entendu" les espagnols et les japonaises tenter de communiquer, puis on les a vu fraterniser en cinq minutes et se photographier bille en tête. Ce billet ressemble de plus en plus une carte postale d'enfant de huit ans à sa mamie. Puis on a maté les guides papiers des japonaises, de loin. Le genre de guide qui a le mérite de désacraliser l'endroit en le réduisant à quelques lignes écrites très gros et toutes de couleurs différentes, ornées de quelques dessins grotesques pour persuader le lecteur que ce qu'il va voir n'est pas inquiétant, que c'est digne d'intérêt, mignon et rigolo. Un vent de fraîcheur, en somme, quand la moitié de la façade est cachée par les échafaudages et quand le Lulli que vous avez dans la tête est rythmé par le bruit des pelleteuses, des marteaux piqueurs et des voix des manifestants.

Bref, la queue était bien sympa, mais au bout d'une heure et quart elle s'est dissoute pour converger vers les jardins, nous compris. Donc nous déambulons dans les jardins un peu embrumés jusque 15h30. C'est triste, un jardin à la française en hiver. Il ne reste que les ifs taillés en pointe ou en queue de caniche. Toutes les sculptures étaient recouvertes. Mais la perspective du grand canal reste majestueuse, quelle que soit la saison, Latone et Apollon aussi. La jour de la Saint Louis, le Soleil se couche pile dans le canal. Et la Saint Louis, je crois que c'est en juillet. Nous avons tout de même coupé la marche glacée entre les bosquets par une visite du Grand Trianon. Le petit était fermé. J'aurais voulu photographier la grande vasque de malachite mais on nous a indûment confisqué l'appareil à l'entrée. J'adore cette vasque : un véritable instrument d'alchimiste , avec ses nébuleuses vertes et ses trois pieds en or en forme de sphinx virils. Presque tentant d'y égorger quelques pauvres oeufs innocents pour sacrifier des crêpes convexes au Soleil. Cette vasque combinée à l'Amour Sorcier de Manuel de Falla que j'avais alors dans la tête m'ont inspiré un dessin, que je vais commencer bientôt.

Le Grand Canal
Latone, mère de Diane et Apollon.
Des hommes-grenouilles, des froggy crocodiles et des froggy tortues, agents de la vengeance de Junon.
Apollon et son char d'or tiré par des mouettes au guano d'argent.

Donc, nous avons marché toute la journée dans le frimas cruel et mordant sans savoir que finalement, à partir de 13h, l'exposition dans le château était gratuite ! Nous avons ainsi rejoint l'hôtel assez tôt, puis on a déambulé dans Versailles, visité la cathédrale Saint Louis (cette fois, ça fait carte postale d'un enfant de 6 ans), on a prié devant la représentation baroque de la vierge blanche sur ses nuages et rayons d'or et fond bleu, j'ai louché sur les voûtes blanches en me disant que celles du palais des anges d'Avalon devrait ressembler à cela... Puis nous avons dîné dans un restaurant coréen gentil et chou, le Rollifornia, que je recommande pour les courbes charmantes vertes et jaunes de sa déco claire, pour le serveur qui laisse des mots doux sur l'addition et pour son tiramisu au thé vert.

Toutefois, le lendemain matin, je suis bien décidée à les voir, ces meubles en argent ! Alors qu'on avait loué une chambre justement pour ne pas être pressé par le temps, nous avons dû faire vite : notre train pour Bourges nous attendait à Austerlitz à midi, et le train pour Austerlitz à 10h20. A 9h -15, on est devant la billetterie, et c'est là qu'on apprend que la veille l'expo était gratuite alors que nous n'avons plus que 45 minutes pour la voir et 10 pour les appartements du Dauphin. Même pas le temps de voir l'exposition d'Alexandre Roslin.

La chambre du printemps du Dauphin
La bibliothèque du Dauphin
Le globe du Dauphin

J'ai fini par les voir, ces meubles ! Et faute de pouvoir en faire un commentaire bien documenté et une peinture exhaustive de mes sentiments délicats, ce que même en ayant pris le temps je peinerais à faire, j'ai quelques photos. Et même pas des meubles : les salles étaient délibérément trop sombres.

Malgré le peu que je peux en dire intelligemment, j'y étais : la preuve.

Voilà, vous venez de lire le billet sur l'exposition "Quand Versailles était meublé d'argent" le plus inintéressant du net.

Pour pallier cette vacuité, je vous donne :

- Les raisons de la grève du 21 février 2008 : Les syndicats du ministère de la culture s'insurgent contre l'externalisation du personnel des musées nationaux. Les scientifiques et les restaurateurs s'en inquiètent aussi, et redoutent une dérive vers le clinquant au détriment de la mission scientifique. Certains dénoncent déjà Versailles-Land, à l'instar de Didier Rykner ICI. Tandis qu'on va laisser moisir Antinoüs, on va vendre des objets kawaii à l'effigie de Marie-Antoinette.

- A propos de l'exposition : Du mobilier d'argent de diverses cours européennes, surtout de Rosenberg au Danemark, a été réuni dans l'enfilade qui voit se succéder les salons d'Hercule, de l'Abondance, de Vénus, de Diane, de Mars, de Mercure, d'Apollon et de la Guerre afin de recréer l'atmosphère ostentatoire des "soirées d'appartement" que Louis XIV donnait trois fois par semaine. Le concours des meubles d'argent au tissage des laisses passées aux cous des nobles animaux de cour poudrés n'a pas duré, puisque le roi fut contraint d'ordonner la fonte des meubles en 1689 pour financer la guerre contre la coalition européenne de la Ligue d’Augsbourg. La visite s'achève par la Galerie des Glaces. 150 pièces de mobilier, 20 tonnes d'argent, tables, chaises, candélabres, miroirs, même un lion. Jusqu'au 09 mars 2008.

- Quelques photos de Neuschwanstein. Cela n'a rien à voir, mais j'aurais dû les poster depuis longtemps déjà.

Nous sommes allés d'Augsburg jusque Neuschwanstein en bus, traversant vallées qui s'éclairent ou s'embrument en l'espace de dix minutes et frôlant des lacs majestueux qui dilatent l'espace et la verticalité des arbres romantiques, comme dans un tableau de Caspar David Friedrich. Lorsque nous sommes arrivés, le château sur sa montagne était complètement caché par le brouillard. Puis un soleil radieux a dissipé ce dernier, pour farder d'or les calèches, les feuilles d'automne valsant comme sur une danse de Brahms, les nappes inférieures de nuages.

Neuschwanstein de Louis II de Bavière, le plus beau château du plus beau et du plus allumé des rois. Des fresques épico-tragiques de Siegfried, Gudrun, Tannhauser, hommages à Wagner, voûtes bariolées et colonnes de marbres polychromes offrent aux yeux un spectacle intarissable. Alors que la visite guidée fait traverser les salles à une vitesse frustrante. Et de l'intérieur, je n'ai aucun cliché, c'est interdit.



Claire, professeur de français en Allemagne : "Plus t'as un village paumé, plus t'as une belle église."


La Wieskirche, non loin de Neuschwanstein. En effet, de loin, ce bâtiment lisse, sobre et propre comme tous ses compatriotes ne ressemble en rien à ce qu'il cache... L'intérieur baroque fait littéralement jouir les mirettes.
Apprends à cadrer.