Pour commencer, un casting parfait : La physionomie ronde, douce et charnue de Scarlett Johansson (Lost in Translation) était tout indiquée pour prêter ses traits à la blonde, sage et docile Mary Boleyn. Natalie Portman (Léon, Star Wars), au visage si parfait, si bien ciselé et au regard ardent ne pouvait qu'incarner la passionnée, l'ambitieuse, l'intelligente Ann Boleyn à la longue chevelure auburn. Eric Bana incarne un Henry VIII ténébreux, charismatique et sensuel... d'une classe et d'un charme peu réalistes en vérité, mais qui compensent l'absence de l'aura inquiétante et de la cruauté patente que l'on était en droit d'attendre de la part de ce Barbe Bleue, muté dans le film en simple seigneur esclave de la testostérone. N'oublions pas David Morrissey, convaincant dans le costume du duc de Norfolk, l'oncle perfide et calculateur des soeurs Boleyn, et Ana Torrent, à laquelle le rôle de la digne et royale Catherine d'Aragonva comme un gant. Et, last but not least, Kristin Scott Thomas dans le rôle de Lady Elizabeth, mère des soeurs, référent moral du film, femme lucide et mère indignée du sort de bétail matrimonial réservé à ses enfants et de la faiblesse de son mari.

L'opposition entre les soeurs est franche, sans sombrer dans la caricature : la probité de Mary masque quelques tendances mineures égoïstes et lâches, tandis que l'ambition d'Ann révèle une soif de vivre insatiable, des émotions profondes et chatoyantes. La personnalité d'Ann apparaît dans toute sa complexité : l'amour pour sa famille confrontée à sa soif de liberté, la souffrance initiale de vivre dans le sillage de sa soeur cadette, mariée avant elle, ainsi que la détresse finale de choir du plus haut sommet où son ambition pouvait la mener... Tout cela est tangible. On pourrait craindre que la froideur de ses calculs efficaces ne rende Ann hermétique, mais elle se révèle un torrent brûlant d'émotions. Natalie Portman rend sa détresse palpable, déchirante lorsque l'équilibre précaire qui la maintenait dans les faveurs du Roi s'effondre.

Le film tire sa force du traitement émotionnel cohérent et profond d'un des épisodes les plus fascinants de l'histoire de la Grande Bretagne. Adapté d'un roman, l'intérêt du film ne réside pas dans sa rigueur historique discutable. Mais j'ai été très impressionnée de voir, à l'écran et par des images somptueuses, comment l'ambition d'une jeune femme, intelligente mais qui ne sachant mesurer les conséquences de ses dures résolutions, a entraîné la rupture de l'Eglise d'Angleterre avec Rome, exacerbé la cruauté d'un roi et conduit la famille Boleyn à une disgrâce pérenne. Sans compter le tableau habituel de la triste histoire du jeu cruel entre les sexes. Mais la note finale de grandeur et d'espoir prend les traits d'une petite fille rousse. A la naissance d'Elizabeth, décevante pour son père qui ne songe qu'à un héritier mâle et douloureuse pour Ann dont la vie ne tient qu'à sa capacité à enfanter, j'ai eu les larmes aux yeux. Cette fille démentira les craintes de son père : si Henri VIII a régné d'une main de fer sur la première moitié du XVIe siècle, Elizabeth affirmera encore davantage l'autorité royale sur la seconde moitié pour devenir le plus grand monarque que l'Angleterre ait connu. Elizabeth, c'est la cerise qui diffuse sa saveur dans tout le gâteau. On la voit deux fois, mais son hommage donne tout son sens à l'histoire. Si bien qu'à la fin, j'ai éclaté en sanglots sur l'épaule de Gabriel. Pas par tristesse, mais émotion pure, la même émotion que me procure une symphonie de Beethoven ou le requiem de Mozart, juste parce que c'était beau.

J'ai lu çà et là que le film ne serait pas assez réaliste, que les personnages seraient trop lisses et trop gentils, particulièrement Henri VIII transformé en vulgaire obsédé. C'est ce qui fait le charme du film. J'aime les films sans réalisme trivial, et les films qui savent se passer de scènes de sexe ridicules ou de violence gratuite. (Oui, vive Benjamin Gates !) Le film n'en est pas niais ou caricatural pour autant, bien au contraire, je dirais même que l'essentiel passe mieux, et surtout que les nuances dans l'essentiel en passent d'autant mieux que les détails graveleux sont absents.

De plus, les costumes sont bien sûr magnifiques, et la musique présente beaucoup plus de relief que les musiques habituelles de films historiques. Je vous recommande donc vivement de le voir. Peut-être qu'en tant que fan d'Elizabeth I, mon jugement est trop particulier pour convaincre. Cela dit, Gabriel a beaucoup apprécié le film sans être fan de la Reine Vierge, donc fiez-vous à lui, mon chéri a bon goût !

Réalisateur : Justin Chadwick (connais pas)
Scénariste : Peter Morgan (The Queen, Stephen Frears)
Compositeur : Paul Cantelon (Le Scaphandre et le papillon)

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