L'Odyssée de Sakaguchi
Par Morgane Grosdidier de Matons, dimanche 18 mai 2008 à 20:00 :: G33k is chic :: #39 :: rss

Lost Odyssey
Plate-forme : Xbox 360 (X360)
Date de sortie française : 29 février 2008
Développeur : Feelplus
Editeur : Microsoft Games
Distributeur : Microsoft Games
Genre : Jeu de rôle
Character design : Takehiko Inoue
Décors et costumes : Takamasa Ohsawa (Shadow Hearts 2 : Covenant)
OST : Nobuo Uematsu
Scénario : Hironobu Sakaguchi
Sakaguchi nous raconte une histoire, celle des immortels, témoins de l'histoire d'un monde bouleversé depuis les trente dernières années. L'énergie magique a favorisé la montée en puissance de deux grandes Nations qui se craignent mutuellement. Un rien suffirait à anéantir l'équilibre précaire qui les maintient en paix. La première puissance, Uhra, est devenue une République après des siècles de monarchie. Un Conseil de représentants gouverne le pays tandis que le prince Tolten, ex-héritier du trône, ne souhaite pas le retour de l'ancien régime mais semble servir d'instrument à des groupes royalistes. Uhra a autorisé la contruction du Grand Sceptre, puits colossal d'énergie magique, afin de rivaliser avec la seconde grande puissance, Gohtza, première puissance industrielle. Outre ces deux Nations, une troisième se développe lentement et reste neutre : le Royaume océanique de Numara, fondé il y a un millénaire par la Reine Ming, réputée immortelle et toujours de service ! Le jeu commence sur un champ de bataille uhrien. Vous incarnez alors un mercenaire, Kaim Argonar. Et être immortel, amnésique et solitaire, c'est bien pratique quand on est mercenaire. Mais une première mission confiée à ses soins par Uhra l'amènera à rencontrer d'autres immortels, avec lesquels il décidera de mener à bien une nouvelle mission qui dépassera les enjeux nationaux. Les immortels amnésiques devront recouvrer mille ans de souvenirs, un millénaire de rêve, afin de préserver ce monde qu'ils ont appris à chérir.
Nous venons (Gabriel et Morgane) de terminer Lost Odyssey, et nous sommes unanimes : il est égal, si ce n'est supérieur à un Final Fantasy. C'est la première fois depuis deux ans, depuis Xenosaga III, que nous nous sommes emballés avec autant d'enthousiasme pour un jeu, et que l'enthousiasme n'a pas été déçu. Il faut dire aussi que depuis, on a juste fait Kingdom Hearts 2 et FFXII. (et Morgane FFIII, et FFXII Revenant Wings, mais ce dernier ne compte pas. Il est honteux. Voir le test de Kujaffman, que j'approuve complètement. Sauf la note, que je trouve bien trop haute : test FFworld) Sentiment de fin de jeu : frustration d'en avoir déjà fini avec cet univers agréable, mais joie. Joie d'avoir retrouvé de vieilles sensations éprouvées avec des jeux tels que FFVII, VIII et XI, que même les FF postérieurs n'ont pas su renouveler, et surtout joie d'éprouver ces sensations alors que nous avons vieilli et que notre intérêt pour le support vidéoludique a nettement décru durant ces dernières années. Joie, satisfaction, et émerveillement devant un jeu qui a tenu ses promesses, et surclasse ses prédécesseurs par une ambition narrative rare.

Vous dirigerez des protagonistes immortels, qui ont l'avantage de pouvoir apprendre des compétences et de ressusciter automatiquement au bout de deux tours, et de mortels qui possèdent leurs propres compétences, tels Cid Sed.
Nous avions commencé le jeu avec l'idée prétentieuse de nous lancer dans un test, puis on a lu celui de Gameblog, auquel il n'y a pas grand chose à ajouter. Nous vous inviterons à le lire, à la fin de ce billet. Ce qui nous a si promptement donné l'envie d'en parler, d'emblée, c'est l'impression de jouer à un Final Fantasy. D'abord grâce à la musique d'Uematsu, puis grâce à l'image. Les décors du début, à savoir champs de batailles parsemés de lumières flottantes, évoquent les ruines de Zamarkand. Le mode de déplacement linéaire des premiers donjons rappelle toujours FFX. Heureusement, cette première impression sera démentie par des donjons de plus en plus vastes et des déplacements de plus en plus libres au fil de l'aventure. De même, les combats jouissent d'un style très fantasien. JulienC de Gameblog exprime parfaitement l'idée, il n'y a rien à ajouter : "Soyons clair, Lost Odyssey n'ambitionne pas de révolutionner le genre. Bien au contraire. Il se complaît dans ces codes séculaires, se contentant avec talent de les maîtriser à merveille. (...) Car Lost Odyssey n'est pas un jeu focalisé sur la technicité. Elle est là , plutôt efficace dans sa globalité (hormis quelques saccades). Elle servira de socle ludique au véritable fond du jeu... ou plutôt du voyage. Car se lancer dans cette aventure c'est l'assurance d'un vrai voyage introspectif." Les thèmes de l'histoire sont ceux qui ont toujours tenu à coeur à Sakaguchi : l'écologie, l'énergie, la magie de la planète. La mort, la perte des êtres chers.


Stephane Bern, sors de ce jeu !
Lost Odyssey présente toutes les qualités d'un Final Fantasy, mais avec une trame plus profonde, plus adulte. Les personnages sont particulièrement réussis, et en rendraient presque fades les protagonistes fantasiens. Éminemment réussis, même, aussi bien sur le plan du design que de la "psychologie". Les deux critères se développent d'ailleurs d'une façon fort similaire. Le design peut dérouter autant que les personnalités peuvent sembler creuses au premier abord. Mais les personnalités, rapidement et constamment, prennent autant d'épaisseur et de profondeur que le design se révélera riche et agréable, une fois que l'on se sera débarrassé des préjugés nomuriens. Bonne idée, parlons-en du design ! Design original et somptueux , fruit du pinceau délicat de Takehiko Inoue. Ca change des clones de Nomura, et ça fait un bien fou ! Enfin des physionomies qui ont du caractère, des visages émouvants, des traits riches et variés ! Les contempteurs de Takehiko Inoue, conditionnés par les coups de serpe de Nomura, ne peuvent donc que trouver ce style "ridicule", comme nous l'avons lu assez souvent, habitués qu'ils sont aux rigides canons des traits du designer des FFVII, VIII et X, et autres KH ou RPG à la dynamite capillaire. Nous aimons Nomura, mais Nomura nous fatigue. Les costumes et les décors, que l'on doit à Takamasa Ohsawa, qui a déjà travaillé sur Shadow Hearts 2 : Covenant, contribuent également à l'ambiance subtile du jeu, atmosphère chargée de senteurs de solitude dans les forêts contrastées ou les sombres cavernes, de fragrances d'iode et de luxe dans le Royaume lumineux et majestueux de Numara, ou encore d'émanations de rouille dans les villes industrielles, rousses, vastes, inquiétantes et saisissantes. L'ensemble visuel est donc très réussi, si l'on fait abstraction... des accoutrements ridicules de Ming et Sarah. Et surtout, de leurs décolletés ridicules. Si le col de Ming est très sympa, la vulgarité supplante la délicatesse lorsque le regard s'aventure un double décimètre plus bas. Une poitrine disproportionnée aux trois quarts découvertes, laissant apparaître de pâles veines. Digne d'une reine ? La lourdeur grotesque de cette poitrine gâche la finesse de son visage noble et doux. Sans compter qu'elle montre ses hanches et à moitié ses fesses. C'est une horreur. De petites veines bleues auraient pu être jolies, mais là , elles sont larges comme des cicatrices de coup de cravache. C'est d'un goût douteux. Le décolleté de Sarah est moins laid, mais nettement superflu. Le costume de Cooke est très agréable dans l'ensemble... mais ces obsédés réitèrent l'horreur en la dotant de cuissardes et d'une jupe qui se résume à un mouchoir de poche. Quand elle se penche, et elle le fait souvent, on voit tout.

Le visage de Ming est splendide. Mais Ming et Sarah, cachez ces seins qui nous ne saurions voir !
La richesse psychologique des personnages est renforcée par les rêves qui révèlent la consistance des immortels. Les personnages ont un charisme qui dépasse leur design. C'est cette profondeur qui fait de LO un jeu supérieur aux FF : on sent de la part de Sakaguchi une pleine intention d'auteur. L'aventure elle-même confère aux personnages mortels un charisme solide. Quant aux immortels, la découverte de leur mémoire multiséculaire égrène les souffrances inhérentes à leur condition, elle traite des sorts pires que la mort : l'oubli et la solitude qui mènent à l'ennui. Au cours de son périple, au coin d'une rue, au contact d'un marchand ou à la vue d'un oiseau, le héros recouvrera certains souvenirs, qui nous sont présentés sous la forme de courts récits agréablement mis en scène, colorés par des images de fond floues complétées par des musiques poignantes ou des bruitages, récits dynamisés par le mouvement des lettres elles-mêmes.

Mention spéciale aux deux gamins, Cooke et Mack, Cooke en rose et Mack en vert. La grande soeur intelligente, responsable et autoritaire, et le petit frère qui sait lui tenir tête quand il le faut. Ils sont intéressants, adorables, même pas pénibles, contrairement à ce que l'on est en droit d'attendre de tout nain. Peut-être même les personnages les plus réussis de l'aventure, et ce n'est pas peu dire !
Il y a peu de compositeurs de musique de jeux vidéo qui, par la simple évocation de leur nom, déclenchent une telle impatience. Nobuo Uematsu fait partie de ceux-ci. Il a par son oeuvre marqué des millions de joueurs de par le monde.
L'association Sakaguchi/Uematsu n'en est pas à sa première prouesse. Elle nous à déjà offert de formidables moments d'émotion principalement par la série des Final Fantasy qui n'ont fait que renforcer notre envie de goûter à Lost Odyssey.
On a longuement hésité à comparer ses nouvelles compositions avec ses travaux précédents, puis nous nous sommes finalement abstenus. Uematsu a un style plutôt reconnaissable et tous ceux qui l'apprécient trouveront du plaisir à écouter cette OST. Le thème principal est magnifique, majestueux et chargé d'une force indescriptible qui le classe directement dans ce que Nobuo Uematsu nous a offert de mieux. C'est ce thème revu à la guitare acoustique et à la flûte qui accompagne nos déplacements malheureusement trop courts entre les différents lieux. Le thème des combats, qui est quand même celui qui revient le plus souvent, est plutôt plaisant. Il est rythmé par de nombreux violons et une légère touche cuivrée assez agréable qui, pour le coup, réussit à ne pas devenir entêtant au point d'obliger le joueur à couper le son lors de donjons aux bouts desquels on arrive assez rapidement. La seule piste médiocre de l'OST est une chanson d'amour niaise à la eyes on me (FFVIII). Ce qui est dommage, car si la vacuité d'eyes on me était à la hauteur de celle de l'histoire d'amour qui unissait deux protagonistes parmi les plus creux que nous ait présentés un Final Fantasy, l'idylle de Lost Odyssey est bien plus intéressante, d'autant plus que contrairement à l'histoire de fesses ridicule de FFVIII elle ne prétend pas s'ériger en pilier de l'histoire. (correction du 22 décembre 2010 : Je retire cette dernière phrase. Je viens de refaire FFVIII, et, après toutes ces années, je trouve que finalement l'histoire Squall/Linoa est loin d'être nulle)
La musique dans un jeu vidéo, plus que dans un film, participe à l'expérience sensorielle plus quelle ne l'accompagne. Dans le cas de Lost Odyssey cette bande son fait partie des plus réussies et des plus marquantes que nous ait offertes Nobuo Uematsu et de celles que nous réécouterons avec plaisir et non sans une certaine émotion.

Afin de vous faire une idée plus précise de ce jeu superbe, nous vous invitons chaudement à compter sur le test de Gameblog, juste, complet et excellent : LO sur Gameblog






Commentaires
1. Le jeudi 12 juin 2008 à 08:58, par fat lad
2. Le jeudi 12 juin 2008 à 09:46, par Morgane Grosdidier de Matons
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